• defense-permis-francis-rongier Luttons ensemble contre un système qui ne pénalise pas ceux qui conduisent mal mais ceux qui conduisent beaucoup telecharger-bulletin-carre
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Un peu d'histoire pour comprendre le présent

En fait, tout a commencé en 1973 par un curieux intersigne : dès l'instauration des premières limitations de vitesse, je me suis vu verbaliser quatre fois en deux mois, toujours pour deux à cinq kilomètres au-dessus de la limite. Puis, en décembre, 82 pour 80 km/h, première suspension de permis de huit jours par le préfet de l'Ardèche, exécutée, de mauvaise grâce mais exécutée. Deux mois après, quinze jours de suspension par celui du Cantal : cette fois je refuse de restituer mon permis à l'autorité. Cependant, j'ai très vite compris que cette réaction personnelle et épidermique devait pour avoir quelques chances de succès s'appuyer sur une organisation collective et structurée. J'ai donc fondé, après quatre mois de recherche pour trouver deux partenaires, une association Loi de 1901 intitulée Auto Défense -Syndicat des Usagers Professionnels de la Route. Le premier compte en banque a été ouvert avec trois cotisations, soit 300 F de l'époque et le 24 juin 1974 lors de l'assemblée générale constitutive, le mouvement et son objet étaient présentés lors d'une conférence de presse à laquelle assistaient plusieurs journalistes avec de nombreux échos de presse qui entraînèrent les premières adhésions.

 

COMMENT AVEZ-VOUS PU DÉMARRER AVEC 300 FRS ?

Nos premiers adhérents apportèrent par leur cotisation les moyens financiers nécessaires –mais jamais suffisants !- pour mettre sur pied l'organisation.Parmi eux beaucoup de clients personnels (j'étais à l'époque représentant en éditions d'art et de bibliophilie) et d'ailleurs deux d'entre eux, le vétérinaire Georges Caussade et l'ophtalmologiste Bernard Faure, sont devenus Présidents du Mouvement, devenu en 1977 Auto Défense –mouvement de défense des automobilistes- afin d'élargir son audience et ceci à la demande de nombreux adhérents. Je ne vais pas vous raconter ma guerre de 1914, (c'est plutôt une guerre de trente ans) mais ce sont essentiellement les nombreuses retombées médiatiques de mes refus systématiques de restitution de permis, avec mise en garde à vue, plusieurs citations en correctionnelle, cours d'appel, pourvoi en cassation, mise sous contrôle judiciaire, puis comme point d'orgue, quatre jours de détention préventive à la prison de La Talaudière pour avoir refusé de faire huit jours de suspension infligée (155 km/h pour 130) par le Préfet de la Drôme. Tout ça pour finir, après quatre ans de procédure, par un mois de suspension de permis à titre de peine principale par la cour d'appel de Lyon, suspension que j'ai cette fois exécutée.

 

POURQUOI TOUT CELA POUR FINIR PAR RENDRE LE PERMIS ?

Je pourrais vous répondre qu'il faut savoir arrêter une grève mais, si j'ai accepté de le rendre, c'est pour une raison très simple, parce que cette suspension émanait de l'autorité judiciaire. N'étant pas juriste, j'en avais évidemment consulté plusieurs et j'avais découvert la faille juridique du système, à savoir « la dualité de compétence en matière de suspension de permis : d'un côté, le pouvoir des préfets donc l'Exécutif, de l'autre celui des magistrats donc la Justice. » Dans un système démocratique ou tout au moins qui prétend l'être, toute suppression ou restriction des libertés individuelles fondamentales garanties par la Constitution, telles que celle d'aller et venir ou celle du droit au travail, ne peuvent et surtout ne devraient émaner que de la seule autorité judiciaire. Inutile de vous préciser que dans notre soi-disant démocratie, ce principe est constamment bafoué. Bien qu'à titre personnel, à l'instar de Vladimir Volkoff je sois moyennement démocrate, j'avais choisi mon camp, ce qui explique peut-être que, plus j'étais récidiviste, moins j'étais condamné par les tribunaux parce que j'apparaissais un peu comme le défenseur de leur prérogative essentielle.

 

QUELS SOUTIENS AVEZ-VOUS REÇUS, QUI VOUS A AIDÉ ?

D'abord, la presse, qui à l'époque ne se couchait pas systématiquement devant le pouvoir en place et n'était pas encore victime du syndrome de la pensée unique ; non pas la presse automobile qui a toujours fait preuve à mon égard de la plus grande méfiance mais la grande presse d'information, la presse quotidienne régionale, les radios nationales et périphériques ainsi que la télévision . Ensuite, je dois évoquer avec un peu d'émotion un homme politique, aujourd'hui disparu, le député Charles Bignon, alors premier vice-président de l'Assemblée Nationale, conseiller général d'Oisemont et maire de Bermesnil, un notable de la majorité dans tous les sens du terme, qui fit accepter par le Parlement l'amendement qui porte son nom à l'article 43 de la loi du 11 juillet 1978 et qui a limité considérablement les pouvoirs des préfets en les subordonnant dans le temps à l'autorité judiciaire. Il reprenait en partie tout au moins notre revendication essentielle qui portait sur l'exclusivité des compétences en matière de suspension de permis de l'ordre judiciaire. Il avait d'ailleurs publiquement reconnu qu'il avait pu faire accepter son projet de loi grâce au mouvement d'opinion suscité par les actions du Mouvement Auto Défense.

 

QUEL EST LE PROFIL DE VOS ADHÉRENTS ?

Si on fait une analyse sociologique des quelques 26 000 personnes qui ont adhéré au moins une fois, on peut les classer dans trois catégories : d'abord, les chefs d'entreprises, de l'artisan au PDG - des grands capitaines d'industrie comme Paul Ricard ou Marcel Bich se comptèrent parmi nous - ensuite les professions libérales, juridiques, médicales etc… enfin les commerciaux et assimilés, tous étant des usagers intensifs de la route pour leurs activités professionnelles. Si l'on fait une analyse psychologique, on trouve avec les amateurs de belles voitures, les décideurs qui s'opposent à la dictature technocratique, autrement dit tous ceux qui n'aiment pas se laisser marcher sur les pieds. On pourrait leur mettre l'étiquette de « producteurs » par rapport aux « profiteurs », ce qui représente à mon avis le meilleur clivage de la société actuelle. Mais la répression frappant désormais tous azimuts, on a vu notre cible s'élargir considérablement, comme par exemple les retraités qui sont de plus en plus nombreux à nous rejoindre, et tant d'autres plus ou moins atypiques,tel ce médecin colonel de la Légion Etrangère qui s'illustra à Dien Bien Phu, ou cette chanteuse de variété qui n'avait ni permis ni voiture mais ne supportait pas la ceinture de sécurité qui abîmait son manteau de fourrure (sic) ou encore un champion du monde bien connu de ski nautique.

 

CEPENDANT LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE S'EST AMÉLIORÉE

Si l'on ne peut que se réjouir de voir diminuer le nombre des accidents de la route, on ne peut en revanche que s'attrister de voir que ces résultats positifs s'accompagnent de graves atteintes aux libertés et de nombreuses illégalités, irrégularités ou inégalités. En effet, les forces de l'ordre sont harcelées par une hiérarchie soucieuse de gonfler les cahiers de contraventions qui, dans chaque brigade ou commissariat, enregistrent le « chiffre d'affaires ». Contrairement à une opinion répandue, ils n'ont pas de quota de procès-verbaux à tenir mais un policier nous a avoué « on nous a ordonné de faire du fric » (sic) et la femme d'un gendarme que son mari se faisait littéralement insulter s'il rentrait à la brigade sans PV. Le préfet de police de Paris lui-même, interviewé dans le cadre d'un remarquable article du Parisien Libéré (le 17/02/05), a déclaré que « les personnes estimant avoir fait l'objet d'un contrôle abusif, ne doivent pas hésiter à saisir l'Inspection Générale des Services ». Depuis plus de trente ans, je ne cesse de souligner que l'une des plus graves conséquences d'une politique de sécurité routière uniquement répressive, se trouve dans l'inquiétante détérioration de l'image des forces de l'ordre.

 

EN CONCLUSION, OU PLUTÔT EN TRANSITION

Je terminerai par un extrait de Machiavel( in Le Prince ) qui semble avoir été écrit pour moi : « tant il est vrai qu'il n'y a chose à traiter plus pénible, à réussir plus douteuse ni à manier plus dangereuse que de s'aventurer à introduire de nouvelles institutions . Car celui qui les introduit a pour ennemi tous ceux qui profitent de l'ordre ancien et n'aura que des défenseurs bien tièdes en ceux qui profiteraient du nouveau ; laquelle tiédeur vient en partie de la peur des adversaires qui ont les lois pour eux, en partie de l'incrédulité des hommes qui ne croient point véritablement aux choses nouvelles tant qu'ils n'en voient réaliser une expérience sûre ». Autrement dit, la première condition pour défendre les gens, c'est qu'ils veuillent être défendus et, en toute modestie, je pense que notre bilan devrait suffire à les convaincre, comme vous pouvez le constater dans les rubriques suivantes.